La Grange aux Belles, l'Anjou libre de Marc Houtin
Des schistes, des grolleaux oubliés, des chenins de caractère et une certaine idée du vin : à Soulaines-sur-Aubance, un domaine a choisi de suivre son goût plutôt que les conventions.
Qui est La Grange aux Belles ? La Grange aux Belles est un domaine viticole d’Anjou, à Soulaines-sur-Aubance, associé au vigneron Marc Houtin. Il travaille notamment le chenin et le grolleau, avec une approche attentive aux sols de schistes, à la viticulture biologique et aux vinifications peu interventionnistes.

Il y a des domaines qui naissent d'un héritage, d'autres d'une rencontre. La Grange aux Belles est d'abord l'histoire d'une décision : celle de Marc Houtin, géologue de formation, qui choisit en 2004 de devenir vigneron au sud d'Angers. Vingt ans plus tard, le domaine s'est fait une place singulière parmi les vins de Loire, sans renoncer à ce qui l'a fait naître : la curiosité, le goût des cépages locaux et la liberté de vinifier.
La Grange aux Belles : qui est le vigneron Marc Houtin ?
Avant de s'installer en Anjou, Marc Houtin travaille dans la géologie. Ce détour n'a rien d'anecdotique : il lui donne le réflexe de regarder ce qui se passe sous ses pieds, de comprendre la formation d'un sol et ses conséquences sur la plante. Passionné de vin, il se forme à l'œnologie à Toulouse et passe notamment par Château d'Yquem. En 2004, il achète douze hectares de vignes, pour l'essentiel dans le secteur des Coteaux de l'Aubance. Une partie de la récolte part encore à la coopérative de Brissac, tandis qu'il commence à vinifier ses propres raisins.
La même année, il rencontre Julien Bresteau, alors stagiaire au domaine de Mongilet. Ils s'associent officiellement au début de 2008. Gérald Peau, connu à Angers sous le surnom de Jesse, rejoint ensuite l'aventure. La Grange aux Belles ne se construit pas autour d'un château ou d'une histoire familiale ancienne : c'est un domaine d'installation, de travail collectif et d'essais successifs. Le gel et le mildiou de 2008 rappellent rapidement que l'enthousiasme ne protège pas des aléas du métier.

2011 : le vignoble est certifié biologique
La conversion engagée à la fin des années 2000 est exigeante. Le domaine doit revoir sa façon de travailler les sols, de nourrir la vigne et d'observer son équilibre. Aujourd'hui, il décrit environ quinze hectares répartis sur cinq communes de l'Anjou, cultivés en agriculture biologique.
Ce que racontent les schistes
La Grange aux Belles est installée dans l'Anjou dit « noir », à distinguer des terres de tuffeau de l'Anjou blanc. Dans les parcelles du domaine, les sols limono-sableux proviennent notamment de l'altération de schistes anciens. Ce sont des terres qui demandent à être comprises parcelle par parcelle : leur profondeur, leur capacité à retenir l'eau et leur comportement en période sèche ne sont pas identiques partout.
Le vignoble s'étend notamment autour de Soulaines-sur-Aubance, Vauchrétien, Saint-Melaine-sur-Aubance, Juigné-sur-Loire et Mûrs-Erigné. Les cépages composent une petite encyclopédie angevine : chenin, grolleau noir et gris, cabernets franc et sauvignon, gamay, pineau d'Aunis. Une vieille parcelle de grolleau remonte même à 1936. Ici, la diversité n'est pas un effet de gamme ; elle permet de travailler des profils de vins très différents, du rouge léger au blanc de garde.
Le travail des sols, les apports organiques et l'attention portée à la vie microbienne sont au cœur de la démarche. Le domaine s'est notamment formé à la méthode Hérody pour mieux comprendre la structure de ses terres. L'enjeu est très concret : obtenir des raisins équilibrés sans chercher à compenser systématiquement, au chai, ce qui n'a pas été acquis dans la vigne.
Des vendanges manuelles et des levures indigènes
Les raisins sont cueillis à la main et transportés en petites caisses de vingt kilos, afin de limiter leur écrasement avant l'arrivée au chai. Les fermentations se déroulent avec les levures naturellement présentes sur les raisins. Pour les rouges, la macération carbonique ou la vinification en grappes entières permet, selon les cuvées, de privilégier le fruit et la souplesse. Les blancs de chenin font l'objet de tris à la récolte et fermentent en barriques déjà utilisées, choisies pour accompagner la texture du vin sans imposer un goût de bois neuf.
Il faut distinguer cette démarche d'un simple slogan « nature ». La précision des vendanges, l'état sanitaire des raisins et le suivi des fermentations restent essentiels. La Grange aux Belles revendique avant tout des vins qu'elle aime boire, avec une recherche de finesse et d'équilibre. Le domaine est d'ailleurs sorti du système des AOC en 2014, après un désaccord avec les organismes de contrôle. Ses cuvées sont désormais présentées en Vin de France : une catégorie administrative qui ne dit, à elle seule, ni la provenance exacte des parcelles ni la qualité du contenu.
Quatre bouteilles pour entrer dans l'univers du domaine
Plutôt qu'une seule cuvée emblématique, voici quatre portes d'entrée complémentaires : deux rouges, un blanc tranquille et un pétillant.
Le Vin de Jardin
Un grolleau noir de plaisir, travaillé en vendange entière puis élevé en béton. Une lecture franche et désaltérante de ce cépage longtemps sous-estimé.
La Chaussée Rouge
Cabernet franc, cabernet sauvignon et grolleau se retrouvent dans un rouge d'assemblage, vinifié en grappes entières et pensé pour le fruit.
Coup de Grisou
Le grolleau gris en blanc : un cépage peu courant, pressé directement, pour une autre facette de l'Anjou.
Coup de Latte
Un pétillant de chenin fermenté en bouteille et élevé sur lattes, avec dégorgement manuel : une façon vive et artisanale de découvrir le domaine.

Le chenin, de la gourmandise à la profondeur
La gamme ne se limite pas aux vins de partage immédiat. Avec Les Moyens du Bord, les premiers tris de chenin donnent naissance à un blanc élevé en barriques de plusieurs vins. Fragile provient de raisins plus dorés, sélectionnés dans différentes parcelles. Et puis il y a La Roche de Mûrs, une cuvée parcellaire issue de chenins plantés en 2013 sur des schistes noirs à Mûrs-Erigné, dont l'élevage dure environ douze mois en barriques Stockinger.
Ce dernier projet résume une autre facette du domaine. En 2012, l'équipe entreprend de remettre en culture un coteau longtemps délaissé, avec des sélections massales de chenin. Il faut défricher, planter, attendre les premières récoltes puis accompagner le vin pendant son élevage. Loin des rouges de soif, ce travail réclame du temps et rappelle que l'identité de la Grange aux Belles tient autant à la patience qu'à la spontanéité.
Pourquoi « Vin de France » ne veut pas dire vin sans terroir
Le choix de quitter les AOC en 2014 peut surprendre dans une région où les noms Anjou et Coteaux de l'Aubance ont une histoire forte. Mais l'étiquette Vin de France permet au domaine de commercialiser ses vins en dehors de ce cadre. Pour comprendre une bouteille de la Grange aux Belles, mieux vaut donc lire le cépage, la parcelle lorsqu'elle est précisée, la méthode de vinification et le millésime. Ce sont eux qui permettent de distinguer un grolleau léger d'un chenin de longue garde.
Un domaine qui refuse de choisir entre plaisir et précision
Il serait facile de résumer la Grange aux Belles à des étiquettes joyeuses et à quelques vins rouges servis légèrement frais. Ce serait passer à côté du travail accompli depuis 2004 : l'installation d'un vignoble bio, la connaissance des schistes, la conservation de vieux grolleaux et la création de nouvelles parcelles de chenin. La diversité de la gamme n'est pas un catalogue d'expériences gratuites ; elle reflète la variété des raisins, des sols et des envies du domaine.
Le plus intéressant reste peut-être cette absence de hiérarchie figée entre les bouteilles. Un Vin de Jardin peut apporter autant de plaisir qu'une cuvée de chenin longuement élevée, simplement dans un autre moment et pour une autre occasion. À Soulaines-sur-Aubance, la liberté ne consiste pas à faire n'importe quoi : elle consiste à choisir le vin que l'on veut produire, puis à se donner les moyens de le réussir.

