Publié par Vinalia dans Découverte le 26/09/2024 à 21:31
La viticulture est un univers en perpétuelle évolution, où chaque vigneron cherche à sublimer son terroir. Mais avez-vous déjà entendu parler de la complantation ? Cette pratique ancienne, qui consiste à mélanger plusieurs cépages dans une même parcelle, redonne à la vigne une diversité naturelle et permet de valoriser au mieux le terroir. Découvrons ensemble ce retour aux sources de la viticulture, loin des méthodes modernes de monoculture.
La complantation en viticulture ou l'art de redonner vie aux terroirs
La complantation, c'est donc l’art de mélanger plusieurs cépages dans une même parcelle, plutôt que de cultiver une seule variété. Autrefois très courante avant l’apparition des cépages clonés ou issus de la sélection variétale, elle permet d’assurer une régularité des récoltes grâce à la diversité des cépages, créant ainsi un écosystème équilibré au sein du vignoble.
Pour mieux comprendre, il est important de savoir ce qu'est un clone en viticulture. Un clone, ou cépage sélectionné, est une reproduction génétique exacte d'un plant particulier. Si cette méthode permet d’assurer une homogénéité de production et de qualité, elle appauvrit aussi la biodiversité et rend les vignes plus vulnérables aux maladies et aux changements climatiques. C’est là que la complantation tire son épingle du jeu, en préservant la diversité naturelle et en assurant une stabilité plus grande face aux aléas.
Avant que la science moderne n'apporte ses méthodes de sélection génétique et l'utilisation massive de cépages uniformisés, la complantation était la norme. Cette approche paysanne permettait de sécuriser les récoltes en répartissant les risques entre différents cépages. Si une variété souffrait à cause de la météo ou des maladies, d'autres cépages prenaient le relais, garantissant ainsi une production plus régulière.
Cependant, avec l’industrialisation de la viticulture et la recherche de rendements élevés, la complantation a été progressivement abandonnée au profit de la monoculture. Aujourd'hui, elle revient en force, notamment dans les domaines qui privilégient l'agriculture biologique et le respect de la biodiversité.
Le domaine Marcel Deiss, situé à Bergheim en Alsace, est l’un des pionniers dans la réintroduction de la complantation. Ici, les 13 cépages alsaciens traditionnels et d'autres variétés anciennes cohabitent dans les mêmes parcelles, créant un écosystème naturel où le terroir prime sur le cépage. En effet, au Domaine Deiss, l'objectif est de révéler l'identité du lieu plutôt que de laisser un cépage dominer.
L'une des parcelles emblématiques, le Grand Cru Altenberg de Bergheim, est un exemple de complantation où la diversité des cépages permet de libérer tout le potentiel du sol. Ce mélange de variétés crée des vins d'une profondeur incroyable, où le terroir s’exprime pleinement. Lors des dégustations à l’aveugle, il devient même difficile de distinguer les cépages, tant ils s’unissent pour refléter la richesse du lieu.
La complantation, bien que rare, est encore pratiquée par quelques vignerons emblématiques à travers la France et même à l'étranger. En Bourgogne, la talentueuse Fanny Sabre expérimente cette méthode dans sa cuvée Anatole (IGP Sainte-Marie-La-Blanche), où elle associe du chardonnay, de l’aligoté, du melon de Bourgogne, du pinot gris et de l’auxerrois. Un peu plus au nord, le Domaine de la Sœur Cadette, dans le Vézelay, vinifie son Bourgogne-Ermitage avec un assemblage original de pinot noir et de césar, apportant à ce vin une structure unique.
Dans la vallée du Rhône méridionale, le Domaine de Beaurenard perpétue la tradition à Châteauneuf-du-Pape avec une cuvée assemblant les 13 cépages autorisés par l'appellation. Plus à l'est, Jérôme Bressy du Domaine Gourt de Mautens explore également cette voie, affirmant que la complantation enrichit ses vins de nuances et de complexité.
Dans la région de Cahors, le Domaine Laroque d’Antan pousse l'expérience encore plus loin avec des cuvées originales. Sa cuvée blanche Néphèle est composée de sauvignon blanc, sauvignon gris, mauzac et verdanelle, tandis que la rouge Nigrine allie malbec, cabernet franc, prunelard et négrette, formant des vins surprenants et complexes.
À l’étranger, le Domaine Niepoort au Portugal brille également par ses pratiques de complantation. Ce domaine réputé pour ses portos, cultive dans le Douro et au-delà une multitude de cépages locaux tels que la touriga franca, le tinta amarela, et l’encruzado, pour créer des vins d'une finesse remarquable, tant en blanc qu’en rouge.
Ces domaines prouvent que la complantation peut, aujourd'hui encore, sublimer le terroir et produire des vins d’une richesse incomparable.
Un retour à la naturalité
Avec l’essor de l'agriculture biologique, la complantation connaît un regain d’intérêt. Elle permet de créer des vins où l’expression du terroir prime sur celle des cépages. En cultivant plusieurs variétés dans une même parcelle, les vignerons redonnent à la nature le rôle qu’elle joue dans l’équilibre des cultures. Ce procédé permet d’obtenir des vins plus complexes, car chaque cépage apporte une nuance différente.
En fin de compte, ce n’est pas le cépage qui domine, mais bien le terroir, offrant une expérience gustative unique. Cette méthode permet aussi de renforcer la résilience des vignes face aux maladies et aux variations climatiques, en misant sur la diversité génétique des cépages.
La complantation répond parfaitement aux enjeux actuels de la viticulture durable. Elle favorise la biodiversité, renforce la résilience du vignoble et permet d’obtenir des vins plus authentiques, où la complexité et la naturalité sont à l'honneur. Alors que le changement climatique impacte de plus en plus les vignobles, cette pratique ancestrale offre une solution naturelle pour protéger les vignes tout en permettant aux terroirs de s’exprimer pleinement.
De plus, la complantation est un véritable atout pour les domaines qui souhaitent se démarquer en produisant des vins originaux et représentatifs de leur terroir. C’est un retour aux sources qui remet en lumière le rôle central du lieu dans la production de vin, loin de l’uniformisation souvent liée à la monoculture.
Le retour à la complantation pourrait donc bien être une réponse aux défis climatiques et aux attentes croissantes en matière de viticulture respectueuse de l’environnement. Des domaines comme celui de Marcel Deiss prouvent que cette méthode permet de produire des vins d’exception, tout en préservant la richesse naturelle des terroirs.

