Publié par Vinalia dans Actualités le 13/01/2026 à 18:12
Un 1er Cru Classé qui assume le sans-alcool
Bordeaux n’est pas réputé pour dégainer des “nouveaux formats” à la légère. Pourtant, Château Sigalas Rabaud, 1er Cru Classé de Sauternes au classement de 1855, lance une version désalcoolisée de son Sauternes, élaborée à partir de la vendange 2024. Le détail qui change tout, c’est l’échelle : 6 000 bouteilles, soit plus de 5% de la récolte dont ce vin est issu. Autrement dit, on est loin du prototype destiné à alimenter deux salons et trois stories.
Le millésime ? Volontairement absent
Autre choix assumé : le vin ne revendique pas de millésime, alors même que son classement en Vin de France le permettrait. Le discours des partenaires est limpide et tranche avec les réflexes habituels du Bordelais : dans le sans-alcool, l’année n’est pas un repère central. Sébastien Thomas, cofondateur de Moderato, explique que le millésime n’est “pas une notion essentielle” sur ce type de produit. Et Laure de Lambert Compeyrot, propriétaire de Sigalas Rabaud, insiste sur l’idée directrice : ce vin n’a pas vocation à vieillir, donc l’année perd sa fonction de promesse.
Moderato aux commandes, la Place de Bordeaux à l’écoute
Le projet est cosigné jusque dans les détails : l’étiquette et le bouchon portent la double signature Sigalas Rabaud x Moderato. Le conditionnement joue la sobriété : bouteille bordelaise blanche standard, sans capsule, comme pour signifier qu’on est sur un objet différent, plus direct, moins cérémonial. La commercialisation est pilotée par Moderato, marque no-low née en 2021, avec une vente annoncée en direct au château et une présentation à la Place de Bordeaux, où plusieurs négociants étudieraient l’intérêt de l’offre. Le prix public évoqué se situe autour de 29 € (selon les canaux, on voit aussi passer 29,90 €).
Sauternes, rappel utile : pourquoi c’est un symbole
Sauternes, ce n’est pas juste “un blanc sucré”. C’est une appellation construite sur un phénomène précis : la pourriture noble (Botrytis cinerea), qui concentre le raisin, épaissit la matière et donne au vin ce fameux registre de miel, abricot, fruits confits, épices, tout en conservant une fraîcheur indispensable pour éviter la lourdeur. L’équilibre est la clé : le grand Sauternes n’est pas un dessert liquide, c’est une architecture. Dans l’assemblage, le Sémillon apporte souvent le cœur de texture et se prête particulièrement au botrytis, le Sauvignon blanc soutient l’éclat aromatique et la tension, et la Muscadelle peut jouer un rôle plus discret, selon les signatures de domaines.
C’est pour ça que l’initiative de Sigalas Rabaud pèse : on touche à une appellation où la notion de tradition n’est pas un argument marketing, mais une culture. Et on parle d’un cru classé 1855, donc d’une maison qui, par définition, porte une part de l’imaginaire bordelais.
Ce que cette sortie dit du no/low (et de Bordeaux)
Le no/low n’est plus seulement un “plan B” pour les apéros sages : il s’invite dans des codes premium, avec un nom, un prix, une distribution, et une ambition claire. Sur le plan réglementaire, la catégorie “vin désalcoolisé” existe et est encadrée, avec des seuils et des mentions d’étiquetage spécifiques : on n’est pas dans le flou, ni dans le bricolage lexical.
La vraie question, celle qui va décider de la suite, est presque philosophique : est-ce que le public vient chercher l’esprit Sauternes sans l’alcool, ou est-ce qu’il vient acheter un nom de Sauternes dans une nouvelle catégorie ? Probablement un peu des deux. Mais une chose est sûre : quand un cru classé engage 6 000 bouteilles sur un projet comme celui-là, ce n’est pas un simple clin d’œil aux tendances. C’est un test grandeur nature.
