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Isautier dévoile Bérive, le premier rhum de sa nouvelle distillerie agricole
Actualités/ 09 oct. 2026

Isautier dévoile Bérive, le premier rhum de sa nouvelle distillerie agricole


Bérive est le premier rhum présenté par la Maison Isautier dans le cadre de sa nouvelle distillerie agricole à La Réunion. Ce projet met en avant des cannes cultivées sur les hauteurs de l’île, des fermentations longues et un travail particulier sur les levures et la distillation. Il marque une nouvelle étape pour cette maison réunionnaise historique.

Après plusieurs années de travail, la Maison Isautier ouvre un nouveau chapitre de son histoire. À La Réunion, la maison familiale vient de dévoiler Bérive, le premier rhum issu de sa nouvelle distillerie agricole installée sur les hauteurs de Saint-Pierre et du Tampon. Derrière cette première cuvée, il ne s’agit pas seulement d’un lancement supplémentaire : Isautier veut désormais pousser beaucoup plus loin la notion de terroir, de traçabilité et de maîtrise de la production.

La première expression de Bérive est un rhum blanc agricole biologique millésimé 2025, produit uniquement à partir de cannes cultivées sur le domaine familial, fermenté avec des levures indigènes sélectionnées sur place et distillé dans de petits alambics hybrides. Une approche particulièrement ambitieuse pour une maison fondée en 1845 et longtemps associée, auprès du grand public, aux rhums arrangés.

Bérive, une nouvelle distillerie pensée autour du terroir réunionnais

La nouvelle distillerie est installée au cœur du domaine de Bérive, un ensemble historique d’environ 230 hectares situé entre Saint-Pierre et Le Tampon. Le projet aura demandé plusieurs années de recherches et de travaux avant son inauguration en septembre 2026.

L’objectif est clair : maîtriser l’ensemble de la chaîne de production sur un même lieu, depuis la culture de la canne jusqu’à la distillation. Isautier possède déjà une importante activité de production à Saint-Pierre, notamment autour des rhums issus de mélasse. Bérive répond à une autre logique. Ici, la maison cherche à produire un rhum agricole dont chaque élément puisse être rattaché au domaine : parcelles, variétés de canne, micro-organismes de fermentation et méthode de distillation.

Cette volonté rapproche Bérive d’une démarche que le monde du vin connaît bien : observer comment un lieu, une année et les choix de production influencent directement le profil final du produit.

Des cannes biologiques cultivées à près de 600 mètres d’altitude

Une partie du domaine a été convertie à l’agriculture biologique. Les premières productions s’appuient notamment sur des parcelles situées entre 550 et 600 mètres d’altitude, avec des variétés de canne comme la R577 et la R585.

Pour le premier millésime commercialisé, la canne utilisée provient d’une surface encore volontairement réduite. Les cannes sont récoltées et préparées manuellement avant d’être rapidement pressées sur place afin de travailler avec un jus aussi frais que possible.

Ce choix est loin d’être anodin. Dans le rhum agricole, la qualité et la fraîcheur du jus de canne jouent un rôle essentiel. Plus le délai entre la coupe, le pressurage et la fermentation est maîtrisé, plus le producteur peut chercher une expression précise de la matière première.

Les levures indigènes, l'un des éléments les plus originaux du projet

C’est probablement l’aspect le plus intéressant de Bérive.

Plutôt que de s’appuyer uniquement sur des levures industrielles standardisées, Isautier a travaillé avec l’Université de La Réunion pour identifier les micro-organismes naturellement présents sur le domaine. Des milliers de colonies ont été étudiées avant qu’un nombre beaucoup plus restreint de souches ne soit retenu pour leurs capacités fermentaires et aromatiques.

Pour la récolte 2025, deux levures indigènes ont notamment été utilisées : l’une issue d’un environnement lié au bananier et une autre prélevée sur un arbre à sapote. Leur association participe directement au profil aromatique du rhum.

Cette recherche autour des levures place Bérive dans une approche assez proche de celle observée dans certaines distilleries artisanales contemporaines, où la fermentation devient aussi importante que la distillation elle-même.

Des fermentations particulièrement longues pour un rhum agricole

Le jus de canne est ensuite fermenté pendant plusieurs jours dans des cuves thermorégulées. Les fermentations peuvent durer quatre à neuf jours, une durée relativement importante dans l’univers du rhum agricole.

Cette étape permet aux levures de développer un spectre aromatique plus complexe avant la distillation. Là encore, Isautier semble chercher moins la productivité maximale que la précision.

La fermentation est en effet une étape capitale dans la production de rhum. Une grande partie des composés aromatiques qui seront ensuite concentrés par la distillation se forme à ce moment-là. En travaillant la durée, la température et surtout les populations de levures, une distillerie peut profondément influencer le style de son eau-de-vie.

Deux alambics hybrides plutôt qu’une distillation conventionnelle

Bérive dispose de deux alambics hybrides en cuivre, permettant aussi bien des distillations simples que doubles. Ils fonctionnent avec une chauffe douce et permettent au distillateur de jouer sur différents profils avant assemblage.

Cette configuration distingue également la nouvelle distillerie de nombreux sites spécialisés dans le rhum agricole qui travaillent traditionnellement avec des colonnes.

Le choix de l’alambic permet ici de travailler par lots et de multiplier les expérimentations. Bérive semble donc avoir été conçue autant comme une distillerie de production que comme un véritable laboratoire consacré au rhum réunionnais.

Un premier rhum blanc à 56 %

Le premier Bérive est issu de la récolte 2025 et titre 56 % vol. Après distillation, les différents lots ont reposé plusieurs mois en cuves inox avant l’assemblage final.

Seulement 1 000 bouteilles sont annoncées pour cette première édition, ce qui confirme le caractère encore expérimental et confidentiel du projet.

Le profil annoncé se situe clairement du côté du rhum blanc de dégustation plutôt que d’un simple rhum destiné au cocktail. La dégustation évoque notamment le jus de canne frais, des notes florales, une texture crémeuse ainsi que des nuances épicées et mentholées.

L’ambition est donc de proposer une eau-de-vie que l’on puisse déguster seule, dans un verre adapté, comme on le ferait avec un grand agricole blanc ou une eau-de-vie parcellaire.

Un véritable millésime 2025

Autre détail intéressant : Isautier revendique clairement le millésime.

Cette notion reste moins habituelle dans le rhum blanc que dans le vin, mais elle prend tout son sens dans le projet Bérive. Si la matière première provient d’un domaine précis, avec des parcelles identifiées, des levures indigènes et des conditions climatiques propres à chaque récolte, il devient possible d’observer des variations d’une année à l’autre.

La récolte 2026 constituera donc déjà un test passionnant. En conservant les mêmes parcelles, les mêmes variétés de canne et les mêmes levures, Isautier pourra commencer à mesurer la véritable influence du millésime.

Cette approche pourrait à terme donner naissance à une véritable collection de rhums de terroir.

Une petite partie sera commercialisée en blanc, le reste part en vieillissement

Le rhum blanc ne représente qu’une partie du projet.

Selon les informations disponibles, environ 88 % de la production issue des premières distillations doit être placée en vieillissement. Isautier a choisi des fûts de chêne français neufs, spécialement conçus pour la maison, alors que de nombreux producteurs de rhum utilisent traditionnellement des ex-fûts de bourbon.

C’est un choix coûteux, mais cohérent avec la volonté de créer une identité propre.

Les premières eaux-de-vie vieillies ne seront donc pas commercialisées immédiatement. Plusieurs années seront nécessaires avant de découvrir les premiers rhums vieux véritablement issus du domaine Bérive.

Un investissement pensé sur plusieurs décennies

La création de la distillerie représente un investissement d’environ 4,2 millions d’euros. Le projet a notamment bénéficié du soutien de la Région Réunion, de l’État et de fonds européens.

Cyril Isautier assume d’ailleurs une logique de très long terme : entre la faible production initiale, le travail manuel, les recherches autour des levures et les stocks immobilisés en vieillissement, Bérive n’est pas conçu comme un projet offrant une rentabilité immédiate.

C’est probablement ce qui rend le projet intéressant. La maison semble utiliser la solidité de son activité historique pour investir dans une nouvelle expression du rhum réunionnais, beaucoup plus orientée vers l’origine, la dégustation et le haut de gamme.

Quand pourra-t-on acheter le premier rhum Bérive ?

La première cuvée doit être commercialisée en priorité à La Réunion à la fin de l’année 2026. L’arrivée en métropole est annoncée pour mars 2027, avec un prix conseillé autour de 60 euros pour cette première série limitée à 1 000 bouteilles.

À ce niveau de prix, Bérive se positionne clairement dans la catégorie des rhums blancs de dégustation premium. La rareté de la production, le travail parcellaire, la culture biologique, les fermentations longues et l’utilisation d’alambics expliquent en partie ce positionnement.

La question sera désormais de savoir si cette nouvelle signature parviendra à s’imposer parmi les références agricoles les plus recherchées des Antilles et de l’océan Indien.

Isautier change-t-il de dimension avec Bérive ?

Bérive marque surtout une évolution dans la façon dont Isautier souhaite raconter le rhum réunionnais.

La maison ne renie évidemment pas les rhums arrangés, les rhums traditionnels ou les vieux rhums qui ont construit son identité. Mais avec cette nouvelle distillerie, elle entre sur un terrain beaucoup plus pointu : celui du rhum de domaine, de la fermentation indigène, du millésime et de la micro-production.

Le mouvement dépasse d’ailleurs Isautier. La Réunion voit apparaître depuis quelques années plusieurs projets cherchant à explorer de nouvelles expressions du rhum agricole, avec des volumes réduits et des méthodes davantage inspirées des distilleries artisanales.

Bérive pourrait toutefois disposer d’un avantage considérable : l’expérience d’une maison vieille de plus de 180 ans associée aux moyens nécessaires pour conduire un projet de recherche à très long terme.

Le premier blanc 2025 n’est donc peut-être que le commencement. Les prochaines récoltes permettront de mesurer l’effet millésime et les premiers élevages révéleront progressivement la capacité de Bérive à créer une véritable signature. Pour Isautier, c’est un changement important : ne plus seulement produire du rhum à La Réunion, mais chercher à raconter, bouteille après bouteille, un lieu précis de La Réunion.

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