- Aurélien Valance, vingt ans de Château Margaux
- Philippe Bascaules, une figure majeure de la propriété
- Une transition pensée pour éviter toute rupture
- Château Margaux, une maison où le temps long reste central
- Un dirigeant à la fois commercial et opérationnel
- Le changement climatique parmi les grands défis à venir
- Une transmission plus qu’une succession
Aurélien Valance doit succéder à Philippe Bascaules à la direction générale de Château Margaux à compter du 1er décembre 2026. Cette transition concerne l’un des premiers grands crus classés de Bordeaux et s’inscrit dans une logique de continuité à la tête de la propriété. À la date de publication de cet article, la prise de fonction est encore à venir.
Château Margaux prépare une transition majeure à sa direction, mais sans rupture. À compter du 1er décembre 2026, Aurélien Valance prendra les fonctions de directeur général du premier grand cru classé de Margaux. Il succédera à Philippe Bascaules, qui quittera ses fonctions à la fin de l’année après près de trente ans passés au service de la propriété.
Le choix d’Aurélien Valance apparaît comme celui de la continuité. Plutôt que de recruter à l’extérieur, Château Margaux confie sa direction à un homme qui connaît déjà intimement la maison, ses vins, ses équipes et ses marchés. Une manière de préserver une culture interne particulièrement forte dans un domaine où le temps long, la précision et la transmission comptent presque autant que le millésime lui-même.
Aurélien Valance, vingt ans de Château Margaux
L’histoire entre Aurélien Valance et Château Margaux commence en 2001, à l’occasion d’un stage. Diplômé d’HEC Paris, il passe ensuite par New York, où il travaille dans l’importation de vins, avant de rejoindre définitivement la propriété en 2006 comme directeur commercial. Dix ans plus tard, il devient directeur général adjoint, en charge de la commercialisation et de l’opérationnel.
Cette trajectoire est importante car elle montre que sa nomination ne repose pas seulement sur une expertise commerciale. Aurélien Valance a progressivement élargi son champ d’action jusqu’à intervenir au cœur du fonctionnement global du domaine. Il connaît donc à la fois les enjeux de production, les attentes des grands marchés internationaux et la manière dont Château Margaux construit sa réputation sur le long terme.
Le domaine présente d’ailleurs cette nomination comme une évolution naturelle, dans la continuité de l’histoire de la propriété.
Philippe Bascaules, une figure majeure de la propriété
Le départ de Philippe Bascaules constitue malgré tout un moment important pour Château Margaux. Ingénieur agronome, il rejoint la propriété en 1990 comme directeur d’exploitation et occupe cette fonction pendant plus de vingt ans. Après un passage de cinq années à la tête d’un vignoble prestigieux de Napa Valley, il revient à Margaux en 2017 pour prendre la direction générale.
Son parcours est étroitement lié à l’évolution moderne du domaine. Il a notamment travaillé pendant de nombreuses années aux côtés de Paul Pontallier, directeur emblématique de Château Margaux jusqu’à sa disparition en 2016. Cette continuité technique et humaine a contribué à préserver une ligne très stable dans la manière dont la propriété conduit son vignoble et élabore ses vins.
Son départ ne signifie d’ailleurs pas une rupture totale. Philippe Bascaules continuera à intervenir comme consultant lors des grands rendez-vous techniques du domaine, notamment les vendanges, les vinifications et les assemblages. Il travaillera alors aux côtés d’Éric Boissenot, œnologue conseil historique de Château Margaux.
Une transition pensée pour éviter toute rupture
C’est sans doute l’élément le plus significatif de cette nomination : Château Margaux ne change pas de cap, il organise une transmission.
Aurélien Valance connaît la propriété depuis vingt ans. Philippe Bascaules reste associé aux grandes décisions techniques. Éric Boissenot poursuit son travail d’œnologue conseil. L’équipe de direction technique a également été renforcée afin de préparer les prochaines années.
Dans un grand cru de cette dimension, cette stabilité est essentielle. Un changement de direction peut avoir des conséquences sur la stratégie commerciale, les choix viticoles ou les investissements à long terme. Ici, tout est fait pour que la transition soit progressive et que les savoir-faire accumulés restent au sein du domaine.
Château Margaux, une maison où le temps long reste central
La nomination d’Aurélien Valance intervient dans une propriété qui occupe une place particulière dans le paysage bordelais. Château Margaux fait partie des premiers grands crus classés de 1855 et demeure l’une des références absolues du Médoc.
Son fonctionnement repose sur une vision très longue du vignoble. Les décisions prises aujourd’hui en matière de viticulture, de matériel végétal ou de recherche peuvent n’avoir de conséquences visibles que plusieurs années plus tard.
C’est précisément pour cette raison que le choix d’un dirigeant issu de la maison prend tout son sens. Aurélien Valance n’arrive pas avec une stratégie à inventer de zéro. Il hérite d’une culture, d’une équipe et d’un patrimoine qu’il connaît déjà profondément.
Son enjeu sera donc moins de transformer Château Margaux que de préserver ce qui fait son identité tout en préparant les évolutions nécessaires.
Un dirigeant à la fois commercial et opérationnel
Le profil d’Aurélien Valance est également intéressant parce qu’il se situe au croisement de deux univers.
Son expérience commerciale lui donne une connaissance très fine des grands marchés du vin, des négociants, des collectionneurs et des attentes internationales. Mais ses fonctions de directeur général adjoint lui ont également permis de travailler sur des sujets beaucoup plus opérationnels.
Cette double compétence pourrait devenir particulièrement importante dans les années qui viennent. Les grands vins de Bordeaux évoluent dans un environnement plus complexe, marqué par des changements de consommation, des marchés internationaux plus volatils et des exigences environnementales croissantes.
Diriger Château Margaux suppose donc aujourd’hui autant de comprendre les grands équilibres du vignoble que les transformations du marché mondial du vin.
Le changement climatique parmi les grands défis à venir
Même si la nomination est placée sous le signe de la continuité, les défis auxquels devra faire face la nouvelle direction sont considérables.
Comme tous les grands domaines bordelais, Château Margaux doit composer avec l’évolution climatique : vendanges plus précoces, épisodes de chaleur plus intenses, variations importantes de rendement et nécessité de préserver l’équilibre entre maturité et fraîcheur.
Le domaine a depuis longtemps développé un travail de recherche sur ces questions. Ces enjeux sont désormais pleinement intégrés dans la stratégie de la propriété.
Il s’agit moins de bouleverser les méthodes que d’adapter progressivement le vignoble sans perdre ce qui constitue le style historique de Margaux.
Une transmission plus qu’une succession
La formule résume finalement assez bien ce qui se joue au Château Margaux.
Philippe Bascaules quitte ses fonctions de directeur général, mais reste présent comme consultant. Aurélien Valance prend les commandes après deux décennies passées dans la maison. L’équipe technique reste structurée autour de collaborateurs déjà engagés dans la propriété.
Le 1er décembre 2026 marquera donc officiellement un changement de direction, mais certainement pas un changement brutal de philosophie.
À Margaux, où les plus grandes bouteilles peuvent demander plusieurs décennies avant d’exprimer pleinement leur potentiel, la notion de continuité prend une dimension particulière. La nomination d’Aurélien Valance semble avoir été pensée exactement dans cet esprit : préserver ce qui fonctionne, transmettre les savoir-faire et préparer l’avenir sans effacer le passé.

