La Grèce, aux origines du vin et à la découverte de ses vignobles

On croit connaître la Grèce à travers ses îles, ses temples et sa cuisine. Pourtant, des pentes volcaniques de Santorin aux montagnes de Macédoine, elle abrite l’un des vignobles les plus singuliers d’Europe. Cépages inconnus, appellations historiques et domaines ouverts aux voyageurs : voici les clés pour comprendre ses vins et partir à leur rencontre.
La Grèce, une histoire du vin qui traverse les millénaires
En Grèce, la vigne n’est pas un décor récemment ajouté aux paysages. Elle accompagne les civilisations de la mer Égée depuis l’Antiquité. Le vin circule alors avec les marchands, se partage au banquet et trouve une place dans les récits, les rites et la vie quotidienne. Dionysos en devient l’une des figures les plus célèbres, mais derrière le mythe se trouve une véritable culture de la vigne.
L’histoire moderne a été moins linéaire. Le vignoble a traversé des crises, des transformations agricoles et une longue période pendant laquelle les vins grecs restaient peu connus à l’étranger. Depuis plusieurs décennies, des producteurs remettent à l’honneur les cépages locaux, affinent les vinifications et défendent des terroirs parfois spectaculaires, des montagnes de Macédoine aux sols volcaniques de la mer Égée.
Ce renouveau ne consiste pas à copier Bordeaux ou la Bourgogne. Son intérêt réside justement dans la diversité de raisins qui portent des noms encore inhabituels pour le public français, mais qui possèdent une identité très nette.
Quels sont les principaux cépages et styles de vins grecs ?
L’assyrtiko est un cépage blanc, particulièrement célèbre à Santorin. Il donne des vins secs, tendus, aux notes d’agrumes, souvent dotés d’une sensation saline. Même sous un soleil généreux, il sait conserver une acidité remarquable. On le retrouve aujourd’hui aussi sur le continent.
Le xinomavro, cépage rouge du nord, produit des vins souvent clairs de couleur mais fermes en bouche, avec de l’acidité, des tanins et des arômes pouvant évoquer les fruits rouges, l’olive ou la tomate séchée. À Naoussa, il donne des bouteilles qui gagnent à vieillir. L’agiorgitiko, roi de Némée, offre une autre expression du rouge grec : fruité, épicé, parfois souple et gourmand, parfois plus ambitieux.
Le moschofilero, raisin à peau rosée vinifié le plus souvent en blanc, apporte une expression florale et vive, notamment à Mantinée. Il faut aussi retenir la malagousia, aromatique, le savatiano, longtemps associé aux vins de l’Attique, ou le vidiano, qui participe au renouveau crétois. La Grèce ne se résume donc ni aux rouges puissants ni aux blancs de vacances.
La Grèce face à la France : quatre repères
Deux pays de tradition viticole, mais des échelles très différentes. Les chiffres de l’Organisation internationale de la vigne et du vin pour 2025 permettent de mesurer cet écart sans confondre quantité et qualité.
| Indicateur | Grèce | France |
|---|---|---|
| Surface totale plantée en vigneTous usages confondus, 2025 | 93 000 ha | 740 000 ha |
| Vin produit en 2025Volume estimé par l’OIV | 1,6 million hl | 36,1 millions hl |
| Équivalent bouteilles de 75 clConversion théorique des volumes, non des bouteilles effectivement vendues | ≈ 213 millions | ≈ 4,81 milliards |
| Évolution de la production2025 par rapport à 2024 | + 16,8 % | Globalement stableDeuxième récolte consécutive historiquement faible |
Données OIV, estimations 2025. La surface inclut l’ensemble des vignes, et pas seulement celles destinées au vin. Les bouteilles sont des équivalents de volume.

Pourquoi les vins de Santorin et l’assyrtiko sont-ils si singuliers ?
À Santorin, les ceps ne ressemblent pas à ceux des vignobles français. Pour résister aux vents et à la sécheresse, les vignerons les façonnent en couronnes basses, appelées kouloura : les grappes grandissent à l’abri, près du sol. Ce savoir-faire spectaculaire est aussi une réponse très concrète à un climat exigeant.
Le sol volcanique et sableux a préservé de nombreuses vignes du phylloxéra. L’appellation Santorini est dominée par l’assyrtiko, qui doit représenter au moins 85 % de l’assemblage des blancs secs. Les vins ont souvent une trame citronnée, une bouche énergique et une finale saline. À côté des blancs secs, l’île élabore le Vinsanto, un vin doux de raisins séchés au soleil, à ne pas confondre avec le vin santo italien.
Pour découvrir ce vignoble, privilégiez les villages de Pyrgos, Megalochori et Exo Gonia. Les visites sont très demandées : mieux vaut réserver et ne pas chercher à enchaîner trop de dégustations dans une journée.

Némée et Mantinée, deux visages du Péloponnèse
À l’ouest d’Athènes, les routes du Péloponnèse traversent des collines, des villages et des parcelles d’altitude. Némée est l’une des grandes étapes du voyage. L’appellation est consacrée à l’agiorgitiko, un cépage rouge capable de produire des vins légers et fruités aussi bien que des cuvées structurées destinées à la garde.
L’altitude joue un rôle essentiel : selon les secteurs, les vignes montent jusqu’à environ 850 mètres. Cela permet de rencontrer des vins très différents sous une même appellation. Autour de Némée, plusieurs domaines accueillent les visiteurs, ce qui en fait une région accessible pour découvrir les vins grecs sans être spécialiste.
Plus au sud, le plateau de Mantinée met en avant le moschofilero. Ses blancs floraux, frais et parfois légèrement épicés montrent combien la Grèce viticole peut surprendre ceux qui l’imaginent uniformément chaude et solaire.
Naoussa : quel vin produit le cépage xinomavro ?
Au nord, près de Thessalonique, Naoussa est le territoire emblématique du xinomavro. Les vignes occupent les pentes du mont Vermio, avec des altitudes, des expositions et des sols variés. Le climat associe des influences méditerranéennes et continentales, qui contribuent à la personnalité des vins.
L’appellation Naoussa impose le xinomavro pour ses rouges. Jeunes, les cuvées peuvent sembler fermes et nerveuses ; avec les années, elles développent souvent des nuances de sous-bois, de fruits séchés et d’épices. Pour un amateur de nebbiolo ou de rouges de garde, c’est une découverte particulièrement intéressante, même si chaque cépage conserve sa propre identité.
Un séjour dans la région peut associer Naoussa, les vignobles d’Amyndeo et une étape à Thessalonique. Les dégustations chez les producteurs sont le meilleur moyen de comprendre les différences entre parcelles et styles de vinification.
La Crète, Samos et les vignobles de la mer Égée
La Crète possède l’une des scènes viticoles les plus vivantes de Grèce. Autour d’Héraklion et plus à l’est, les producteurs redécouvrent des raisins tels que le vidiano, le liatiko, le kotsifali et le mandilaria. Les altitudes et les vents permettent d’obtenir des vins plus nuancés que ne le laisserait penser la seule latitude de l’île.
Le vidiano mérite particulièrement l’attention : ce cépage blanc peut donner des vins généreux, aux notes de fruits à chair blanche et d’herbes, sans perdre leur fraîcheur lorsqu’il est bien travaillé. Les rouges crétois offrent un autre regard sur les cépages autochtones et les assemblages locaux.
À Samos, dans l’est de la mer Égée, le muscat blanc à petits grains est à l’origine de vins doux réputés, mais il existe aussi des interprétations sèches. Cette diversité insulaire est l’un des plaisirs du voyage : chaque île a ses raisins, ses reliefs et sa manière de raconter le vin.

Organiser un voyage dans les vignobles grecs
Il serait difficile de parcourir tous les vignobles grecs en un seul séjour. Pour une première découverte, choisissez une région : Athènes et Némée pour un circuit facile à combiner avec les sites antiques ; Thessalonique et Naoussa pour les grands rouges ; Santorin pour un vignoble spectaculaire ; ou la Crète pour un voyage plus long entre villages, montagne et mer.
Le printemps et l’automne sont souvent plus confortables que le plein été pour les visites. Les vendanges commencent parfois dès août dans les îles les plus chaudes et se prolongent plus tard ailleurs. Sur les petites îles, réservez les domaines à l’avance et vérifiez les horaires : les exploitations ne sont pas toutes ouvertes en permanence.
En voiture, prévoyez un conducteur qui ne déguste pas. Pour acheter des bouteilles, protégez-les de la chaleur et renseignez-vous sur les conditions de transport avant le départ.
Les vins grecs à l’épreuve de la cuisine locale
L’assyrtiko de Santorin se plaît avec les poissons grillés, les fruits de mer et les préparations citronnées. Sa fraîcheur répond à la richesse de l’huile d’olive et des mezzés. Un moschofilero floral peut accompagner une salade aux herbes, des légumes farcis ou des fromages frais.
L’agiorgitiko fruité trouve naturellement sa place avec une viande grillée, tandis qu’un xinomavro plus évolué mérite des plats mijotés, de l’agneau ou des champignons. Les vins doux de Samos, servis avec mesure, peuvent prolonger le repas autour d’une pâtisserie ou d’un fromage persillé.
Au-delà des accords, la plus belle façon d’aborder les vins grecs consiste à oublier les idées reçues. La Grèce est une mosaïque de climats, de cépages et de traditions : c’est cette diversité, autant que son ancienneté, qui mérite aujourd’hui d’être découverte.
Les carnets de voyage Vinalia — à la découverte des vignobles d’ailleurs.

